Six mois, un grand tournant dans mon expérience ici à Madagascar. L’avantage de voir une équipe s’agrandir, c’est que les nouveaux membres nous amènent à prendre du recul et à faire face aux problèmes qu’on a pris, jusqu’ici, soin d’ignorer le plus possible pour avoir la force d’avancer… Ouaip !
Voila donc, je fais face et je prends enfin le temps d’écrire ici que l’ami Paul – à savoir le directeur de ZODEV – est un magouilleur de première sans aucun sens éthique. Quoi ? moi, j’exagère et je vais trop loin ? Mouais… peut être un peu mais bon voila, Paul, c’est la source de mes problèmes et de ceux de l’association aujourd’hui… Fourré dans une merde internationale au niveau de son entreprise de revente de produits alimentaires à Madagascar, voila-ti pas que Monsieur Paul a ‘accidentellement’ utilisé l’argent récolté pour la mise en place de mon programme de microcrédit à d’autres fins… plus ou moins claire. Naïve comme je le suis, j’ai commencé à avancer de l’argent en croyant que cet argent me serait remboursé rapidement mais non… les jours passent et les dettes s’accumulent et je ne vois toujours pas la couleur des 1500€ récoltés auprès de gens qui m’ont fait confiance… Première désillusion… première d’une longue série.
Nouvel épisode avec le renvoi d’un des ouvriers de la Ferme. J’avais déjà eu l’occasion de remarquer à plusieurs reprises le peu
d’estime et de confiance que Paul avait envers les malgaches. Combien de fois a-t-il porté des jugements sur les ouvriers de la Ferme ou les paysans sans même les avoir vu ? Combien de fois
m’a-t-il dit qu’il fallait douter des capacités de réussite des paysans ? Combien de fois a-t-il fait porter la faute des échecs de la Ferme Z sur les ouvriers qui, en fait, manquent avant
tout de formation ? Trop. Et la semaine dernière, Paul est allé un peu trop loin : licenciement d’un de ses ouvriers, refus de lui payer congés payés et préavis auxquels il avait
pourtant droit. Est-ce que notre couleur de peau et la taille de notre porte monnaie nous donne tous les droits ? Je pense que, au contraire, elles devraient nous donner des devoirs à
commencer par celui de respecter les malgaches, d’essayer de les comprendre plutôt que de leur imposer les choses, de les accompagner plutôt que de les laisser livrés à eux même face à des
travaux qu’ils ne maitrisent pas toujours.
Prise de conscience, donc. Argent disparu et divergences d’opinions de plus en plus grandes entre lui et moi, entre lui et nous. Et puis les choses sont apparues comme évidentes, si on veut continuer à aider, si on ne veut pas abandonner ceux qui comptent sur nous, si on veut respecter un minimum de règles éthiques qui nous paraissent indispensables, il nous faut quitter ZODEV et voler de nos propres ailes… Ouais, aussi incroyable que cela puisse paraitre, Simon, Lénaïc et moi, nous sommes en train de créer notre propre structure dans laquelle nous allons tenter, tant bien que mal, d’intégrer le programme de microcrédit pour lequel je travaille depuis maintenant 6 mois et qui me tient tellement à cœur.
A Madagascar, nous avons trouvé une association prête à accueillir nos programmes ; c’est la famille propriétaire du terrain de la Ferme Z qui la gère et qui se chargera de superviser nos programmes et d’accueillir les stagiaires et bénévoles qui feront la vie de l’association. Nous en France, on est en train de créer notre propre association qui se chargera de faire connaitre nos actions à Madagascar, de récolter des fonds et de recruter des stagiaires et bénévoles efficaces. Un magnifique projet, ambitieux, peut être, mais beau !
A nous d’avancer, le plus vite possible tout en essayant de garder la tête claire et surtout de construire quelque chose qui réussira sur le long terme… nous y croyons tous dur comme fer, nous savons que nous en sommes capables, que la réussite est au bout et nous allons le prouver !
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