Me voila arrivée, enfin. J’y suis, Madagascar, Antsirabe, un choc… Mes beaux idéaux confrontés à la réalité et combattant de toutes leurs forces pour rester là, bien présents, oui, on est là pour
essayer de changer les choses petit à petit, pas à pas. Oui, on parle de pauvreté, des gens qui meurent de faim en Afrique mais quand on voit la réalité de ses yeux, de ses yeux occidentaux, tout
est différent ! Ca saute aux yeux.
Arrivée à Tananarive jeudi après un départ quelque peu douloureux réalisant que je m’éloignais pour huit longs mois, j’ai eu subitement l’impression de m’être transformée en billet de banque sur
pattes. Sortie à peine de l’avion, je passe la douane, récupère mes valises et me retrouve au milieu d’une foule de bagagistes et chauffeurs de taxi me proposant gentiment mais de manière très
expresse leurs services. Voila donc mes valises prises en charge et moi, menée vers un guichet de change (qui a mon avis ne proposait pas les meilleurs taux vu que j’étais quasi seule à ce
guichet là !) puis embarquée dans un taxi d’un autre temps a la banquette explosée, sans ceinture de sécurité, tous les compteurs (essence, vitesse…) hors de service… Prix au final (après
négociation de ma part tout de même !) 35000 ariary, 15€, c’est sur je me suis fait bernée ! Mais bon, à quoi bon, il faut faire des erreurs, j’étais pommée, toute nouvelle
arrivée… J
Arrivée à l’hôtel sans problème, confortable et propre, tout va bien. Mais dès ma première sortie dans les rues de Tananarive, je suis poursuivie à tout instant par des petites filles de 8 ou 9
ans portant de bébés et cherchant à te faire culpabiliser pour que tu leur cèdes quelques ariarys, ou encore de malgaches de tout âge voulant te vendre cartes postales, instruments de musique et
autres livres miracle pour t’apprendre le malgache en une semaine seulement ! Je me sens blanche, vazaha comme ils disent ici. J’ai l’impression que tout le monde me reluque et voit en moi
une possibilité de se faire de l’argent, tout le monde me voit comme différente, comme la représentante de ce monde lointain, riche qui vient voir comment c’est ici. Dur…
Le lendemain, Paul, le responsable de Zodev, vient me retrouver à l’hotel pour me ramener à Antsirabe. Après avoir effectué avec lui quelques courses qui lui restaient à faire, nous voila
embarqués pour Antsirabe dans sa C15 ou figure en rouge et jaune ‘Label Z’ la marque qu’il a lancé qui se veut comme objectif de vendre des produits malgaches de qualité pour démontrer qu’il est
inutile de tout importer. Ce message sur l’aile, nous voila partis pour Antsirabe, enfin, semblait-il. Voila ti pas que notre amie la C15 décide de tomber en panne sur la route : madame se
met a chauffer et le moteur est plein d’huile. Résultat, retour dans la capitale pour une nuit de plus chez un ami à Paul avec qui il essaie de monter une marque de produits surgelés. Sympa et
bon cuisinier, c’est l’occasion pour moi de gouter pour la première fois au zébu, me voila pas déçue ! J
Le jour d’après nous pouvons vraiment partir et après trois heures de routes nous arrivons a Antsirabe sur le coup de midi, temps idéal pour aller se poser à l’Arche, point de chute des vazahas
de la ville ; une adresse à connaitre ! Cependant, même si Antsirabe semble un peu plus calme, la pauvreté est toujours au rendez vous avec les jeunes aux colliers et les gens qui nous
regardent avec de grands yeux. Je n’ai pas trop le temps de trainer, je suis Paul dans les quelques bricoles qu’il a à faire puis je rentre à la maison, au ZO comme on dit au sein de l’asso, où,
comme Paul me l’avait dit, personne ne m’attend. Je suis la seule stagiaire en ce moment, et apparemment, personne en figure au calendrier… Tant pis, on fera avec. Heureusement, Manampi est
là ! C’est le gardien de la maison et dès le premier soir il se révèle plutôt bavard et désireux de parler français pour s’améliorer. Moi en contrepartie, j’apprends quelques mots de
malgache, à mon plus grand plaisir ! Mieux que ça encore, Manampi me propose de m’accompagner dans la ville pour me faire visiter. Et nous voila, un jour plus tard, arpentant la ville, de la
gare à l’hôtel des Thermes en passant par la cathédrale et autres quartiers plus reculés mais ayant tout autant leur charme. On entend par ci par la « vazahas, hey vazahas » mais rien
de méchant, les enfants s’amusent quand je me retourne, souris ou fait un geste de la main, parfois même répondent. Je lance un petit ‘Salama’ (ça va ?) par ci par la quand je croise le
regard de certaines personnes et Manampi s’amuse pas mal de me vois m’essayer au malgache ! J L’après midi, nous allons au stade, Antsirabe joue contre Tulear
aujourd’hui ! 1000 ariary (0.4€) l’entrée, rien pour nous, beaucoup pour un malgache dont le salaire est de 50000 ariary par mois : c’est donc moi qui ait payé la place Manampi pour le
remercier de sa présence et de son petit tour du matin ; il n’avait de toute manière pas prévu de quoi rentrer. Antsirabe a fini par gagner 3 à 1 grâce à un penalty et 2 magnifiques buts sur
la fin du match. Il fallait voir enfants et adultes courant dans tous les sens quand le ballon est venu s’écraser dans le filet, c’était incroyable, élan de joie, cris, bonheur : Antsirabe
avait gagné !
Malgré le cœur d’or de Manampy, je me sens tout de même bien seule dans cette grande maison, dans cette ville qui reste peu connue malgré mes diverses visites. Il me manque quelqu’un avec qui
parler de tout et de rien, avec qui partager mes premières expériences, quelqu’un qui puisse comprendre ce que c’est d’être loin de chez soi dans un pays si différent. Mais bon, il faut du temps
au temps, je ne suis là que depuis quelques temps et les rencontres se feront au fil du temps. De toute manière, je vais bientôt pouvoir aller à la rencontre d’autres malgaches quand j’aurais
enfin mis les mains dans le tas et commencé réellement mon stage.
Veloma ! (à prononcer veloum)