Mercredi, 9h, on y est, le jour J. C’est aujourd’hui le rendez vous avec les paysans, le grand saut, le début du passage au concret, le grand jour. Avec Laurent, on compte exposer notre idée de créer une association qui se porterait garante pour tous les prêts accordés par ZODEV. Elle serait aussi un moyen pour ses membres de pouvoir demander des subventions de développement à l’Etat ou de servir d’intermédiaire pour la vente de produits par la suite… entre autre. Bref, elle servirait à beaucoup de chose et serait bien utile tant pour notre action que pour le développement du village de manière générale.
C’est donc ce mercredi, dans l’école du village fermé pour cause de jour d’élection que nous nous sommes installés pour notre petite réunion. Laurent est – comme toujours – en retard, ce qui me donne l’occasion de parler un peu avec les candidates présentes. L’échange est bref et quelque peu difficile mais, tout de même, il y a bel et bien un échange, quelques rires, des sourires échangés, un petit quelque chose qui fait tout de même beaucoup. Se faire accepter prend du temps et je ne pense pas que le temps qui m’est accordé ici me permettra de l’être complètement ; je reste une vazaha, j’ai fini par le comprendre et l’accepter mais tout de même, à ce moment là, je me suis sentie un peu moins étrangère à leurs yeux.
Une demi-heure plus tard, Laurent a fini par arriver. Si j’avais eu des revolvers à la place des yeux,
il y serait passé ; il y a certains moments où les retards sont moins acceptables mais bon, passons... Nous avons donc pu rentrer dans le vif du sujet ; moi qui avais peur que l’idée
soit rejetée en bloc, me voilà bien surprise. Je me rends compte que j’avais un faux apriori sur ces personnes qui me paraissaient toujours en retrait, en attente de propositions de notre part,
parfois même ‘soumises’ en quelque sorte… tout ça envolé en l’espace d’un instant ; si on leur en donne l’occasion, ces gens là sont tout à fait capables de se bouger pour leur réussite.
Cette idée d’association, c’est tout à fait ce qu’il nous fallait, ce qui leur fallait : leur donner une chance de sortir de leur coquille, de ne plus être assistés mais de s’aider eux même,
de se prendre en main, tout simplement.
L’idée est donc une réussite et rapidement on passe à l’élection d’un bureau ; il nous faut un président, un vice-président, un trésorier et un secrétaire… enfin, tout cela conjugué au féminin puisque jusqu’à aujourd’hui, seules des femmes ont eu leur projet financé. Bref, ça ne se bouscule pas au portillon : on se croirait aux élections des délégués de conf’ à Sciences Po (pour les connaisseurs J ) Il faut dire que se retrouver à la tête d’un groupe de personnes, être leur représentant, être redevable devant eux… ce n’est pas rien ! Mais ça discute, ça débat, ça argumente : laquelle d’entre elles seraient la plus appropriée ? Laurent y met aussi son petit grain de sel, apporte son avis et au final on hésite entre deux : Sophie et Marie Simone. Un vote est donc organisé avec moi dans le rôle de l’urne, chacun ventant me murmurer à l’oreille le nom du candidat choisi. Original et surement quelque peu contestable mais on fait avec les moyens du bord et croyez-moi, je suis une urne de confiance ! J Sophie sera finalement élue et Marie Simone désignée comme vice présidente à l’unanimité. Sont ensuite nommées la trésorière et la secrétaire sans trop de difficultés et sans notre intervention ; tout ça, c’est leur affaire.
Voila donc, l’association est créée, celle dont je n’imaginais pas l’existence possible il y a quelques jours ; comme quoi, dans la vie il faut savoir oser et proposer plutôt que de s’avouer vaincu avant même d’avoir essayé. Son nom ? AINGA, choisi unanimement, il signifie ‘effort’ en malgache. Une belle leçon de vie !