Samedi 15 décembre 2007

Mercredi, 9h, on y est, le jour J. C’est aujourd’hui le rendez vous avec les paysans, le grand saut, le début du passage au concret, le grand jour. Avec Laurent, on compte exposer notre idée de créer une association qui se porterait garante pour tous les prêts accordés par ZODEV. Elle serait aussi un moyen pour ses membres de pouvoir demander des subventions de développement à l’Etat ou de servir d’intermédiaire pour la vente de produits par la suite… entre autre. Bref, elle servirait à beaucoup de chose et serait bien utile tant pour notre action que pour le développement du village de manière générale.

C’est donc ce mercredi, dans l’école du village fermé pour cause de jour d’élection que nous nous sommes installés pour notre petite réunion. Laurent est – comme toujours – en retard, ce qui me donne l’occasion de parler un peu avec les candidates présentes. L’échange est bref et quelque peu difficile mais, tout de même, il y a bel et bien un échange, quelques rires, des sourires échangés, un petit quelque chose qui fait tout de même beaucoup. Se faire accepter prend du temps et je ne pense pas que le temps qui m’est accordé ici me permettra de l’être complètement ; je reste une vazaha, j’ai fini par le comprendre et l’accepter mais tout de même, à ce moment là, je me suis sentie un peu moins étrangère à leurs yeux.

Une demi-heure plus tard, Laurent a fini par arriver. Si j’avais eu des revolvers à la place des yeux, il y serait passé ; il y a certains moments où les retards sont moins acceptables mais bon, passons... Nous avons donc pu rentrer dans le vif du sujet ; moi qui avais peur que l’idée soit rejetée en bloc, me voilà bien surprise. Je me rends compte que j’avais un faux apriori sur ces personnes qui me paraissaient toujours en retrait, en attente de propositions de notre part, parfois même ‘soumises’ en quelque sorte… tout ça envolé en l’espace d’un instant ; si on leur en donne l’occasion, ces gens là sont tout à fait capables de se bouger pour leur réussite. Cette idée d’association, c’est tout à fait ce qu’il nous fallait, ce qui leur fallait : leur donner une chance de sortir de leur coquille, de ne plus être assistés mais de s’aider eux même, de se prendre en main, tout simplement. 

DSCN4342.JPG

L’idée est donc une réussite et rapidement on passe à l’élection d’un bureau ; il nous faut un président, un vice-président, un trésorier et un secrétaire… enfin, tout cela conjugué au féminin puisque jusqu’à aujourd’hui, seules des femmes ont eu leur projet financé. Bref, ça ne se bouscule pas au portillon : on se croirait aux élections des délégués de conf’ à Sciences Po (pour les connaisseurs J ) Il faut dire que se retrouver à la tête d’un groupe de personnes, être leur représentant, être redevable devant eux… ce n’est pas rien ! Mais ça discute, ça débat, ça argumente : laquelle d’entre elles seraient la plus appropriée ? Laurent y met aussi son petit grain de sel, apporte son avis et au final on hésite entre deux : Sophie et Marie Simone. Un vote est donc organisé avec moi dans le rôle de l’urne, chacun ventant me murmurer à l’oreille le nom du candidat choisi. Original et surement quelque peu contestable mais on fait avec les moyens du bord et croyez-moi, je suis une urne de confiance ! J Sophie sera finalement élue et Marie Simone désignée comme vice présidente à l’unanimité. Sont ensuite nommées la trésorière et la secrétaire sans trop de difficultés et sans notre intervention ; tout ça, c’est leur affaire.

Voila donc, l’association est créée, celle dont je n’imaginais pas l’existence possible il y a quelques jours ; comme quoi, dans la vie il faut savoir oser et proposer plutôt que de s’avouer vaincu avant même d’avoir essayé. Son nom ? AINGA, choisi unanimement, il signifie ‘effort’ en malgache. Une belle leçon de vie !

Par Lucile - Publié dans : ma mission!
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Mercredi 12 décembre 2007

Désolé, connexion Internet coupée depuis mon retour ; l’actualisation du blog se fait un petit peu plus difficile. On espère que le problème sera résolu d’ici à la fin de la semaine prochaine)

 

plage-de-sable-blanc.JPG Quasiment deux semaines sans écrire : j’étais partie. Besoin de m’éloigner, de changer d’air, de voir autre chose. Partie pour deux semaines avec une amie dans le Nord de Madagascar : Mahajanga, Nosy Be, Diego Suarez. Le soleil, la mer, le sable… Les vacances ! J’ai vu autre chose : des lieux, des gens et une ambiance différente. Une belle expérience, de belles rencontres malgaches comme française et surtout un bon moyen de me détendre, de décompresser un peu et de prendre un peu de recul pour repartir de plus belle une fois rentrée à Antsirabe.

 

Mission accomplie, les choses repartent de plus belles.

 

Il faut dire que ZODEV compte maintenant un nouvel élément : Yorik ! Nouveau bénévole fraichement arrivé jeudi avec qui je suis rentrée à Antsirabe. Il va travailler à la Ferme Z et à peine arrivé, nous avons déjà beaucoup d’idées à développer. Il faut dire qu’il n’a pas trop eu le temps de souffler ; dès samedi, Laurent était à la maison pour qu’on se remette au boulot (quel bonheur de retrouver un Laurent si motivé !). Du coup nous sommes allés faire le tour du propriétaire à la Ferme Z. Nous pensons en faire une sorte d’ « eco-musée ». Yorik travaillait dans un établissement du genre en France. Il s’agit en fait d’une ferme écologique destinée à informer le plus grand nombre sur les pratiques agricoles écologiques : formation pour les paysans donc et information pour le grand public… Ca va être absolument génial, nous avons plein d’idées et nous espérons bien en faire un lieu à visiter absolument pour les touristes de passage à Antsirabe. On imagine déjà les panneaux d’informations disséminés sur le terrain, les espaces de pique nique, les gens en train de regarder comment traire une vache… Bref, tout ça sera discuté lundi avec Laurent, Yorik, Paul et moi pour que l’on puisse monter un dossier et chercher des financements (des sous, toujours des sous) J

 

Autre actualité, nous sommes allés voir les paysans dont le projet a été financé. Ca y est, rendez vous est fixé : mercredi, réunion d’information et de réflexion. De nouveaux obstacles se sont posés ; Paul m’a fait prendre conscience qu’il fallait trouver un moyen de rendre les prêts plus contraignants : une sorte d’assurance, quelque chose qui responsabilise les gens, qui fasse que le non-remboursement soit réellement un problème. De nombreuses solutions existent et ont été expérimentées ici et ailleurs, autant s’en inspirer ! On pense à la caution solidaire, à la micro-assurance, au système des tontines en Afrique… J’ai déjà recueilli quelques informations sur l’expérience de la Graamen Bank au Bengladesh (le projet de Mohammed Yunus, prix Nobel de la Paix) et je me lance aujourd’hui dans la longue et périlleuse quête d’informations sur les différentes ‘assurances’ existant dans le microcrédit… pas facile avec une connexion Internet quelque peu récalcitrante. Sur le terrain, nous allons voir avec les paysans ce qu’ils pensent de la mise en place de ce genre de mécanisme, si l’idée est acceptée, ce sera déjà un grand pas en avant. Pas évident tout ça, d’autant plus que le temps presse, la saison avance et les terres ont besoin d’être aménagées au plus vite si on veut voir les projets réussir. On hésite à démarrer maintenant sans ‘assurance’, ce devrait être tranché aujourd’hui…

Autre problème qui se pose : les modalités de distribution de l’argent. Doit-on donner l’argent aux paysans et les laisser faire leurs achats ou bien acheter nous même les intrants ? Quels achats allons-nous faire nous même, pour quels achats allons-nous leur confier l’argent? Doit-on distribuer les sous en chaque début de mois, en chaque début de semaine ? On veut faire confiance mais il y a toujours des limites : l’argent est rare et il a tendance à brûler les doigts donc la prudence est de rigueur ! Pas toujours évident…

 

Voila donc, un retour bien mouvementé : beaucoup beaucoup beaucoup de questions et quelques réponses qui se dessinent ; ce n’est pas toujours évident mais petit à petit on avance ! Parfois frustrant de toujours être confrontés à de nouveaux obstacles mais tout aussi motivant : on va de l’avant, on teste, on farfouille par ci par là pour essayer de trouver les solutions… Je me sens remontée à bloc face à tous ces défis, capable d’affronter tout ce qui se présente peu importe la difficulté. Au final, tous ces obstacles que l’on rencontre sont clairement le signe qu’on avance et ça, ça ne peut être que positif !

 

Veloma !

Par Lucile
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Comprendre

  • lu-a-madagascar
  • : Huit mois dans un autre pays, une autre culture, une toute autre réalité. Aider comme on peut, avec nos faibles moyen, contribuer au développement d'un village, de beaux projets... N'hésitez pas à me contacter à lucile.duchamp@sciences-po.org si vous avez des questions sur l'asso ou sur autre chose!

Voir

  • DSCN3011.JPG
  • 2007-10-29-05.JPG
  • divers-2007-09-25-18.JPG
  • parce-quon-est-lie-comme-les-doigts-de-la-main.JPG
  • divers-2007-10-11-06.JPG

Faire connaitre

Y penser...

"S’en prendre aux élèves et étudiants car ils portent des sacs de couleur « vert militaire », confisquer ces sacs sur les étalages des marchands, a-t-on jamais vu actes aussi ridicules ?

Ce sont, paraît-il, les ordres et se cachant sous la loi qui exige que nul ne peut plus porter des effets vestimentaires analogues à ceux des forces armées, nos forces de l’ordre, qualifié de « baïonnettes intelligentes » soit dit en passant, s’en prennent à cœur joie pour tout confisquer : effets vestimentaires, tissus, sacs ou autres casquettes." 

extrait de l'Editorial du 26/11 du Madagascar Tribune

... Juste ce dont Madagascar a besoin, non mais des fois, j'vous jure ...

Chercher

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus