Samedi 5 janvier 2008

On fait tous des erreurs : certaines ne sont pas bien grave et n’engagent que nous, d’autres prennent plus d’importance quand elles engagent les autres et que, éventuellement, elles les font souffrir. Bénignes ou non, une chose est sure ; on apprend tous de nos erreurs. C’est quand on se brûle qu’on apprend que le feu est dangereux, c’est quand on fait mal à l’autre qu’on apprend qu’il faut maitriser sa force, c’est quand on perd la confiance des autres que l’on apprend qu’il faut tenir ses promesses.

 

Il y a une semaine de cela, je pestais contre les paysans qui ne nous faisaient pas confiance, qui n’arrivaient pas à se décider, à aller de l’avant, à se bouger. A quoi bon aider des gens qui ne voulaient pas s’aider eux même en premier lieu ? Colère et frustration après des mois de travail… marre, marre, marre !

Et puis, on pense à tout cela, on réfléchit, on discute à nouveau avec eux et là on se dit qu’il faut quand même se remettre en question, que c’est facile de dire que c’est leur faute et qu’en fait, ce manque de confiance, on le mérite bien. Se poser l’étiquette de ‘celle qui aide’ sur le front n’est pas suffisant pour gagner la confiance des gens : les étiquettes ça ne fait pas tout, ça ne fait même rien… sinon, il serait bien facile d’arriver dans un village, de se faire appeler ‘bénévole’ et d’avoir tout le monde à ses pieds. Non, ce qui compte ce sont les actions, ce qui est mis en place ; faire ses preuves par des résultats concrets. Bien est là le problème car aujourd’hui, à leurs yeux, je n’ai rien fait de concret : j’ai des prévisions mais elles ne sont encore que bien abstraites, j’ai des budgets mais ils ne sont pas appliqués, j’ai de l’argent mais il ne leur sert pas… pour l’instant. Des promesses, voilà ce que je leur ai donné, et, pire que tout, des promesses qui n’ont pas été tenues… je l’avoue. Alors de quel droit je peux leur demander de me faire confiance, les yeux fermés, sans se poser de question ?

 
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Des erreurs donc… des erreurs qui contribuent à faire que la confiance qu’ils m’accordent, déjà faible, s’atténue chaque jour un peu plus; à chaque fois que la mise en place promise du programme est repoussée, à chaque fois qu’ils rentrent au village après nos réunions et qu’ils affrontent le regard moqueur de ceux qui disent que l’argent n’arrivera jamais, à chaque que JE me montre indigne de leur confiance. Donc, oui, ce manque de confiance, je l’avais mérité parce que livrée un peu à moi-même je patauge parfois dans l’inconnu, parce que chaque jour je rencontre des difficultés et que le meilleur moyen de les éviter c’est de repousser encore et toujours, parce que passer de la théorie à la réalité c’est devoir faire face aux disfonctionnements et que tout ça, ça fait peur. Il fallait donc un déclic ; quelque chose qui me pousse à affronter tout ça,  qui me contraigne à avancer, quelque chose qui me donne assez d’énergie et de volonté pour aller de l’avant. Ce quelque chose, c’est eux qui me l’ont donné.

 

Quand nous nous sommes retrouvés ce mercredi, j’ai vu qu’ils avaient compris que je tenais à ce projet, j’ai vu qu’ils avaient pris conscience de mon implication, j’ai vu que j’étais vraiment devenue quelqu’un d’important à leurs yeux. Mais, dans leurs yeux, j’ai aussi vu qu’ils attendaient beaucoup de moi, qu’ils attendaient des preuves de la confiance qu’ils pouvaient me faire, qu’ils attendaient que les promesses soient tenues ; peut-on faire demande plus légitime ? Alors oui, tout ça, ça m’a donné envie d’avancer, de réaliser des choses, de faire que tout ce travail devienne concret, de leur donner les moyens de pouvoir me faire confiance. Parce que ce que j’ai ressenti ce mercredi, ce que j’ai vu dans leurs yeux, ce que j’ai cru comprendre d’eux ; c’est que quand tout ça sera réalisé, quand on aura réussi ensemble, quand finalement ils gagneront de l’argent alors à ce moment là, j’aurais droit à une certaine estime de leur part…

 

Pour eux, aujourd’hui, j’ai envie d’avancer.

Par Lucile - Publié dans : ma mission! - Communauté : Humanitaire et voyage
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Jeudi 27 décembre 2007
Un autre jour au village, un jour de plus, essayer d’en finir avec les estimations budgétaires pour enfin mettre tout ça en route. L’association AINGA a été mise en place et sa présidente a commencé les démarches pour la faire reconnaitre auprès des autorités malgaches. Tout ça avance donc, doucement mais surement. Aujourd’hui, nous nous retrouvons pour organiser le démarrage des cultures que nous finançons ; il faut aller sur les terres des paysans pour voir leur nature et évaluer leurs besoins.

 

Comme à l’habitude, une partie des membres sont là ainsi que quelques autres villageoise qui assistent à la réunion : les gens sont curieux… Bref, la discussion commence mais nous ne pouvons pas parler des cultures ; une fois de plus, c’est l’existence même de l’association qui est mise en question. Pourquoi une association ? Quelle utilité ? Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas être responsable seulement pour soi même ?... Bref, tout plein de questions qui, paradoxalement, sont soulevées par les gens qui n’ont pas reçu de prêts, ne font pas partie de l’association et contribuent seulement à mettre le doute dans la tête de ceux qui, eux, ont reçu de l’argent et ne disent rien. Au final, les membres ne veulent plus faire partie de l’association. Pourquoi ? parce que quelques mauvaises langues jalouses s’évertuent à semer la zizanie et empêchent les autres d’avancer.

 
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Je suis fatiguée. Fatiguée de savoir que ce que l’on pense être acquis ne l’est jamais vraiment. On avance, on recule, on fait des pas sur le côté… les obstacles ne sont jamais complètement franchi. C’est enrichissant, vous direz… oui, mais parfois tellement pesant sur les nerfs. Pesant sur les nerfs que son travail ne soit jamais reconnu par ceux pour lequel il est fait, pire encore, que l’on vous prenne pour l’ennemi alors que vous êtes là pour aider. Il y a des limites à tout, j’avais atteint les miennes. Les regarder, les écouter en train de douter encore et toujours, en train de revenir sur leurs pas à nouveau, en train de mettre en doute le bien fondé de notre action… je craque. J’en peux plus, j’étouffe, j’explose… les pleurs qui montent, que je retiens puis qui sortent. J’en ai marre, je m’échappe, je les laisse en plan. Je ne peux pas les forcer à recevoir notre aide, je ne peux pas faire les efforts à leur place, je ne peux pas tout. J’aimerais qu’ils comprennent que je sacrifie du temps pour eux, que je fais des efforts pour eux, que j’ai travaillé pour qu’il reçoive cet argent. Je ne demande pas qu’il me saute au cou ni même qu’ils me remercient, ce que j’attends en retour de tout ça, c’est seulement un peu de respect, rien de plus, juste un peu de respect pour le travail que j’ai fourni, que nous avons fourni, Laurent et moi.

 

Mais au final, ce n’est pas contre ceux qui ont reçu de l’argent que je suis remontée. La plupart d’entre eux sont motivés, ont envie d’aller de l’avant et croient en cette association ; on le voit bien quand on parle avec eux seul à seul. Non, ceux à qui j’en veux, ce sont ceux qui ne font pas partie du programme mais qui viennent mettre leur grain de sel, font douter les candidats et les empêchent d’aller de l’avant. Ridicule jalousie.

 

Une mise au point va donc être faite. Samedi, Laurent va voir les candidats, seul ; cette fois, je ne suis pas de la partie. Toute réunion de l’association se fera maintenant à la ferme, loin du village, avec les seuls candidats pour éviter toute pression extérieure. Il va remettre les choses au point : rappeler les conditions que nous fixons à la participation au programme ; ceux qui sont prêts à les accepter pourront recevoir l’argent, les autres n’auront plus qu’à renoncer à leur prêt.

 

Aujourd’hui aura été une étape, je pense… Une étape vers quoi ? Je ne sais pas vraiment… nous le saurons dans les jours à venir.

Par Lucile - Publié dans : ma mission!
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  • lu-a-madagascar
  • : Huit mois dans un autre pays, une autre culture, une toute autre réalité. Aider comme on peut, avec nos faibles moyen, contribuer au développement d'un village, de beaux projets... N'hésitez pas à me contacter à lucile.duchamp@sciences-po.org si vous avez des questions sur l'asso ou sur autre chose!

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Y penser...

"S’en prendre aux élèves et étudiants car ils portent des sacs de couleur « vert militaire », confisquer ces sacs sur les étalages des marchands, a-t-on jamais vu actes aussi ridicules ?

Ce sont, paraît-il, les ordres et se cachant sous la loi qui exige que nul ne peut plus porter des effets vestimentaires analogues à ceux des forces armées, nos forces de l’ordre, qualifié de « baïonnettes intelligentes » soit dit en passant, s’en prennent à cœur joie pour tout confisquer : effets vestimentaires, tissus, sacs ou autres casquettes." 

extrait de l'Editorial du 26/11 du Madagascar Tribune

... Juste ce dont Madagascar a besoin, non mais des fois, j'vous jure ...

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