On fait tous des erreurs : certaines ne sont pas bien grave et n’engagent que nous, d’autres prennent plus d’importance quand elles engagent les autres et que, éventuellement, elles les font souffrir. Bénignes ou non, une chose est sure ; on apprend tous de nos erreurs. C’est quand on se brûle qu’on apprend que le feu est dangereux, c’est quand on fait mal à l’autre qu’on apprend qu’il faut maitriser sa force, c’est quand on perd la confiance des autres que l’on apprend qu’il faut tenir ses promesses.
Il y a une semaine de cela, je pestais contre les paysans qui ne nous faisaient pas confiance, qui n’arrivaient pas à se décider, à aller de l’avant, à se bouger. A quoi bon aider des gens qui ne voulaient pas s’aider eux même en premier lieu ? Colère et frustration après des mois de travail… marre, marre, marre !
Et puis, on pense à tout cela, on réfléchit, on discute à nouveau avec eux et là on se dit qu’il faut quand même se remettre en question, que c’est facile de dire que c’est leur faute et qu’en fait, ce manque de confiance, on le mérite bien. Se poser l’étiquette de ‘celle qui aide’ sur le front n’est pas suffisant pour gagner la confiance des gens : les étiquettes ça ne fait pas tout, ça ne fait même rien… sinon, il serait bien facile d’arriver dans un village, de se faire appeler ‘bénévole’ et d’avoir tout le monde à ses pieds. Non, ce qui compte ce sont les actions, ce qui est mis en place ; faire ses preuves par des résultats concrets. Bien est là le problème car aujourd’hui, à leurs yeux, je n’ai rien fait de concret : j’ai des prévisions mais elles ne sont encore que bien abstraites, j’ai des budgets mais ils ne sont pas appliqués, j’ai de l’argent mais il ne leur sert pas… pour l’instant. Des promesses, voilà ce que je leur ai donné, et, pire que tout, des promesses qui n’ont pas été tenues… je l’avoue. Alors de quel droit je peux leur demander de me faire confiance, les yeux fermés, sans se poser de question ?
Des erreurs donc… des erreurs qui contribuent à faire que la confiance qu’ils m’accordent, déjà faible, s’atténue chaque jour un peu plus; à chaque fois que la mise en place promise du programme est repoussée, à chaque fois qu’ils rentrent au village après nos réunions et qu’ils affrontent le regard moqueur de ceux qui disent que l’argent n’arrivera jamais, à chaque que JE me montre indigne de leur confiance. Donc, oui, ce manque de confiance, je l’avais mérité parce que livrée un peu à moi-même je patauge parfois dans l’inconnu, parce que chaque jour je rencontre des difficultés et que le meilleur moyen de les éviter c’est de repousser encore et toujours, parce que passer de la théorie à la réalité c’est devoir faire face aux disfonctionnements et que tout ça, ça fait peur. Il fallait donc un déclic ; quelque chose qui me pousse à affronter tout ça, qui me contraigne à avancer, quelque chose qui me donne assez d’énergie et de volonté pour aller de l’avant. Ce quelque chose, c’est eux qui me l’ont donné.
Quand nous nous sommes retrouvés ce mercredi, j’ai vu qu’ils avaient compris que je tenais à ce projet, j’ai vu qu’ils avaient pris conscience de mon implication, j’ai vu que j’étais vraiment devenue quelqu’un d’important à leurs yeux. Mais, dans leurs yeux, j’ai aussi vu qu’ils attendaient beaucoup de moi, qu’ils attendaient des preuves de la confiance qu’ils pouvaient me faire, qu’ils attendaient que les promesses soient tenues ; peut-on faire demande plus légitime ? Alors oui, tout ça, ça m’a donné envie d’avancer, de réaliser des choses, de faire que tout ce travail devienne concret, de leur donner les moyens de pouvoir me faire confiance. Parce que ce que j’ai ressenti ce mercredi, ce que j’ai vu dans leurs yeux, ce que j’ai cru comprendre d’eux ; c’est que quand tout ça sera réalisé, quand on aura réussi ensemble, quand finalement ils gagneront de l’argent alors à ce moment là, j’aurais droit à une certaine estime de leur part…
Pour eux, aujourd’hui, j’ai envie d’avancer.
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